Clermont (AAP) - En ce début de mois d'avril, le duché du Bourbonnais-Auvergne a, par voie d'une triplette de déclaration ducales, redéfini la sécurité au sein de ses frontières, et c'est le célèbre clan de la Mano qui est à l'origine du changement.
Le 2 avril, une des désormais traditionnelles annonces de la Mano fait part de leur arrivée en B.A. suite à leur éjection du Berry. Bien que les citoyens du Bourbonnais ne semblaient pas s'en préoccuper plus que ça, les pouvoirs du duché prirent visiblement l'annonce au sérieux.
Une première annonce ducale tombe dès le lendemain, déclarant six membres de la Mano et quatre Maraudeurs Persona Non Grata au sein du B.A. Elle sera amendée par une deuxième annonce trois jours plus tard, portant la liste des Persona Non Grata à vingt-quatre. Elle somme immédiatement, et sous peine de mort, les personnes concernées de quitter le territoire bourbonnais, et ferme la capitale, Clermont, et les routes y menant à tous les étrangers.
Enfin, le 8 avril, une dernière déclaration ducale réforme l'application du code pénal, révisant les peines à la hausse, tout particulièrement en cas de récidive : toute récidive de trahison ou haute-trahison sera désormais passible de pendaison, et en cas de vol ou de trouble à l'ordre public, deux récidives suffisent à conduire à la potence.
À peine l'encre séchée sur les vélins de ces déclarations, la procureure du B.A., Morrigan Samhain Wallas ne tarde pas à les appliquer, débutant pas moins de quatorze procès à l'encontre des membres de la Mano le 10 avril. Nous versons une petite larme pour le poignet du scribe judiciaire. Détail intéressant: les faits évoqués, à savoir des révoltes à Aurillac et Polignac, puis un brigandage quelques jours plus tard près de Montpensier se sont tous déroulés plusieurs semaines auparavant - il était donc clairement prévu d'alourdir les peines avant de lancer les procès. Autre fait assez amusant - il semblerait qu'entre-temps la plupart des membres de la Mano aient élu domicile à Bourbon. L'air bourbonnais, qu'il soit au fond d'une geôle ou de ses forêts feuillues, semble bien agréable.
Interrogé par votre correspondant sur la situation, le duc du Bourbonnais-Auvergne, Avado de la Roche-Othon, assume pleinement les nouvelles directives de sécurité :
"Le Bourbonnais-Auvergne adopte désormais une politique pénale plus sévère. Nous avons actuellement une condamnation prononcée et 4 autres procès en cours à l'encontre de personnes de La Mano s'agissant de faits de vol, et quatorze autres procès à l'encontre de membres de La Mano en raison d'un Trouble à l'Ordre Public, n'obtempérant pas à la sommation de partir.
Je pense que nous proposerons une Pendaison Party incessamment sous peu, avec de la musique, de la boisson, de la nourriture, quelque chose de bien divertissant.
C'est en cours d'organisation."
Quel regret que mon voyage m'oblige à quitter le territoire bourbonnais avant cette "Pendaison Party", qui promet d'être un évènement pour le moins unique. Il est cependant bien dommage que le Bourbonnais-Auvergne, qui ne compte qu'un peu moins de 300 âmes, se réjouisse ainsi de la mort de presque 5% de ses habitants.
Pendant la rédaction de cet article, Thyxia de Clarensac, cheffe de la Mano, m'a sollicité pour un droit de réponse sur l'article publié le 5 avril sur la situation sécuritaire au Berry. Je lui ai proposé par la même de répondre à quelques questions sur les événements bourbonnais.
- Qu'est-ce qui vous a poussé à rejoindre le B.A., et quels y étaient vos intentions ?
Nous n’avons pas "rejoint" le Bourbonnais-Auvergne.... Nous y sommes passés, la nuance est importante. Nous n’avons ni demandé l’autorisation, ni cherché à nous faire accepter, nous avançons là où nous décidons d’aller. Rien de plus simple... Nous étions sur la route. Nous ne fonctionnons pas comme les duchés qui attendent des autorisations ou des invitations pour exister. Nous avançons, nous passons, nous observons, nous frappons.
Quant aux intentions… elles dépendent toujours du terrain, de ceux qui s’y trouvent, et de ce qu’ils en font. Tout le reste n’est que projection de la part de ceux qui préfèrent imaginer plutôt que comprendre.
- Comment vivez-vous les procès lancés par la justice bourbonnaise ? Reconnaissez-vous les actes qui vous sont reprochés ? Redoutez-vous la condamnation à mort ? Comptez-vous vous défendre ?
Ces procès ont un goût particulier - celui d’une conclusion écrite avant même que les débats ne commencent, on accuse par présence, on amalgame, on simplifie... Cela est efficace, mais ce n’est pas rigoureux, presque admirable si l’on oublie la question des preuves. Je reconnais une chose : nous étions là . Pour le reste, je laisse chacun faire la différence entre un fait démontré et une accusation répétée, je laisse chacun juger de la différence entre une présence et une culpabilité.
Appeler cela de la justice serait déjà généreux. On dresse des listes où figurent des noms qui n’ont parfois même rien à voir avec la Mano. On accuse par proximité, par passage… Parfois simplement par intuition, sans preuve, sans fait clair, sans raison solide. Peut-on réellement appeler cela un travail sérieux ? Le prévôt Lévio semble naviguer entre crainte et confusion ; il ordonne à certains de quitter le territoire tout en les mettant en procès, les contraignant ainsi à rester pour se défendre. Difficile d’y voir une logique, encore plus d’y voir une maîtrise.
Même les condamnations prononcées ne correspondent pas aux récits dramatisés que l’on tente d’imposer, et entre nous… chacun sait depuis longtemps où finissent réellement les richesses : bien à l’abri, loin des regards, chez ceux qui prétendent les protéger.
Car voilà la réalité ! Les villages ne sont plus défendus, les conseils ne savent plus organiser leur propre sécurité. Alors on improvise, on panique, on lève des armées à la hâte… et surtout, on va supplier les voisins de venir faire le travail à leur place. Ce temps-là devrait être révolu... Mais il ne l’est pas. La justice n’est plus une justice, la défense n’est plus une défense. Et les royaumes, lentement, se consument sous l’incompétence de ceux qui prétendent les diriger, au lieu de faire vivre ce monde avec rigueur… ils le vident eux-mêmes de ce qui lui donne encore un semblant de valeur. Et dans tout cela, ce seraient encore les autres qu’il faudrait accuser ?
Quant à la mort… elle fait partie de ce monde. Elle est souvent brandie comme un outil d’autorité, mais elle impressionne surtout ceux qui ont quelque chose à perdre. Mais elle n’a jamais été un argument suffisant pour faire taire ceux qui refusent de plier. On se défendra, non pas par nécessité… mais parce que certains semblent avoir oublié ce qu’est réellement une défense et pour rappeler à certains que la justice ne se résume pas à valider des décisions déjà prises.
- Ces derniers temps, tout acteur malveillant à l'encontre des autorités est rapidement rapproché à l'ONE, qu'il le soit ou non. Que pouvez-vous dire des liens de la Mano avec ce groupe ? Et avec l'Empire ?
Ah, l’ONE... Le mot qui arrange tout le monde. Un problème ? ONE! Une peur ? ONE! Quelqu’un qui dérange ? Encore ONE! C’est pratique, cela évite de réfléchir… et surtout de regarder ailleurs. La réalité est plus simple et sans doute plus dérangeante. Les alliances, les oppositions, les rencontres… tout cela évolue. Le monde n’est pas figé, contrairement à certains discours. Mais réduire la Mano à une étiquette commode est une erreur... Nous ne sommes pas un outil, ni de l’Empire, ni d’un ordre, ni d’un pouvoir.
Nous faisons nos choix, c’est précisément cela qui inquiète.
- Qu'est-ce qui vous pousse à annoncer votre venue avec fanfares et affiches publiques ? Cela semble bien contradictoire avec la discrétion qui va de pair avec les activités qui vous sont associées.
Parce que nous n’avons rien à cacher de notre existence, ce qui dérange, ce n’est pas ce que nous faisons dans l’ombre - c’est que nous soyons visibles sans demander la permission. Les duchés aiment les ennemis discrets, ils peuvent les inventer comme ils veulent. Un ennemi invisible se fabrique facilement, un ennemi qui parle, qui répond, et qui s’expose devient plus difficile à manipuler. Et c’est bien là que réside le véritable problème, n’est-ce pas ?
Nous sommes là , et cela les oblige à composer avec une réalité qu’ils ne contrôlent pas. Si vous souhaitez comprendre la Mano, ne vous contentez pas des annonces, regardez les réactions qu’elle provoque, elles en disent souvent bien plus que les accusations elles-mêmes.
Pour conclure, je vous remercie, Ladzserus, d’avoir pris la peine d’entendre un autre son de cloche, c’est suffisamment rare pour être souligné et mérite d’être salué. Continuez en ce sens, votre travail n’en sera que plus juste.
Les actes, donc, sont assumés des deux côtés. Autant la Mano assume pleinement leur rôle, autant le pouvoir bourbonnais assume pleinement sa réaction. L'avenir du clan au sein du B.A. promet d'être animé - ou très court.
Ladzserus, pour l'AAP, agence de France.
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Article validé par Ladzserus, Rédacteur en Chef de la KAP France.
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