
À Avignon (AAP) - Dans les salles austères de la Haute Cour de Provence, où les voix portent plus loin que les marteaux et où les querelles personnelles se parent volontiers des habits du droit, l’affaire opposant Antton du SchblinG à Max de Bélestador aura offert bien davantage qu’un simple procès en diffamation. Elle aura révélé, une fois encore, les fractures d’une Provence politique vivant désormais autant de rivalités internes que de gouvernance.
Tout était pourtant parti d’un don. Un don ancien, consenti au Comté en août 1473, officiellement annoncé par la Comtesse Push d’Ariste et confirmé par plusieurs membres du Conseil de l’époque. Une opération administrative certes inhabituelle par son montant, puisqu’elle nécessita l’usage d’un mandat plutôt qu’un simple versement direct, mais nullement clandestine selon les pièces produites devant la Cour.
C’est précisément ce point qui devint le cœur du litige. Max de Bélestador, alors Connétable de Provence, affirma avoir nourri des doutes sur la régularité de cette opération, faute selon lui d’avoir obtenu des réponses satisfaisantes du pouvoir comtal. De simples interrogations administratives, soutint-il. Une suspicion légitime née d’un manque de transparence. Mais pour la partie adverse, ces “questions” avaient depuis longtemps dépassé le cadre institutionnel.
Car en Provence, chacun sait qu’il existe une frontière ténue entre demander des comptes et jeter publiquement le discrédit. Et selon l’accusation, Max ne s’était pas contenté de s’interroger : il avait insinué un manque de probité de la part d’Antton, utilisant même l’autorité de sa fonction pour donner poids à ses propos.
La procureure Miss mena d’ailleurs un réquisitoire méthodique, revenant inlassablement à cette idée simple : un doute personnel ne devient pas vérité parce qu’il est prononcé publiquement par un officier comtal. Face à elle, Max de Bélestador choisit une ligne de défense fidèle à son style : offensive, politique, parfois provocatrice. Il rappela ses fonctions, dénonça les silences du Conseil, évoqua d’anciens contentieux et la nécessité, pour tout conseiller, de surveiller les affaires économiques du Comté.
À plusieurs reprises, le procès sembla ainsi glisser du terrain judiciaire vers celui, bien plus vaste, des rancœurs accumulées depuis des années entre certaines figures provençales. Le juge Ludovi de Sabran tenta pourtant de recentrer les débats.
Son verdict, particulièrement développé, chercha un équilibre délicat : reconnaître qu’un défaut de communication du Comté avait peut-être existé, tout en affirmant qu’un tel dysfonctionnement ne pouvait justifier des accusations publiques insuffisamment étayées. La condamnation tomba donc : cinquante écus d’amende, excuses publiques et quatre mois d’inéligibilité. Mais c’est sans doute la motivation du jugement qui marqua les esprits davantage encore que la sanction elle-même. Le magistrat y dénonça des accusations relevant “davantage d’une logique politique que factuelle”, estimant que l’accusé avait moins cherché la vérité qu’un moyen d’affaiblir son contradicteur.
La formule fit mouche. Car chacun comprit aussitôt que ce procès ne concernait déjà plus seulement un mandat vieux de plusieurs années. Derrière les débats techniques se dessinait une lutte plus large : celle d’une Provence divisée en camps irréconciliables, où chaque erreur administrative devient arme politique, où chaque désaccord nourrit une nouvelle fracture.
Les réactions qui suivirent le verdict achevèrent d’ailleurs de transformer l’audience en théâtre politique. Antton salua une décision reconnaissant enfin “les faits et rien que les faits”, tout en regrettant que d’anciens conflits aient été convoqués pour brouiller le débat. D’autres voix, plus nuancées, exprimèrent surtout une lassitude croissante face aux tensions permanentes du Comté. La jeune conseillère Elloen livra ainsi une intervention remarquée, déplorant des querelles intestines offrant “une belle aubaine” aux ennemis de Provence. Même parmi ceux venus soutenir Max, certains semblèrent vaciller. Une proche, présente tout au long du procès, admit publiquement avoir changé de regard au fil des audiences, déclarant avoir fini par mieux comprendre le plaignant que celui qu’elle pensait défendre.
Max, lui, demeura fidèle à lui-même jusqu’au bout. À peine le verdict prononcé, il annonça vouloir faire appel et évoqua déjà d’autres recours, d’autres juridictions, d’autres combats. Son courrier transmis à la Cour d’appel ne nie plus réellement l’existence du don ni sa régularité. Il insiste désormais surtout sur l’absence de réponses obtenues et sur le droit, pour un conseiller comtal, d’exiger des explications. Toute la question est désormais là : jusqu’où peut aller le doute politique avant de devenir accusation ?
La Cour de première instance a estimé que cette limite avait été franchie. Reste désormais à savoir si l’appel confirmera cette lecture ou si la justice provençale choisira d’ouvrir un débat plus large encore sur les devoirs, mais aussi les excès, de ceux qui prétendent surveiller le pouvoir.
Le Baudet pour l'AAP agence des Terres au Milieu
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