BOURGES (AAP) - La guerre fait rage dans le royaume de France. Deux semaines après l'invasion du Berry par la Touraine, puis par le Bourbonnais-Auvergne, l'Alliance du Ponant est passée à l'offensive en envoyant trois armées faire le siège de Chinon, village tourangeau.
L'AAP rapportait le 27 juin l'entrée en Berry de deux armées tourangelles et d'une armée menée par le capitaine Namaycush, portant l'étendard personnel de la reine. Le duc de Touraine, Llyr, justifiait alors l'invasion du Berry par la nécessité de remplacer le duc Georgepoilu, élu à la tête du gouvernement du Berry pour la deuxième fois cette année, mais sans reconnaissance royale. Dans sa déclaration de guerre, Llyr écrivait ainsi que «la Touraine [...] a donc pris sur elle de faire justice et de prendre en main l’outrage fait à la Couronne» et que la «guerre entreprise contre le Poilu n’est en aucun cas une guerre contre le Berry, mais une guerre contre la félonie».
Le chancelier de l'Alliance du Ponant, Datan, réagit rapidement en appelant les armées d'invasion à se retirer du Berry. Il mettait aussi en garde la Touraine et les provinces qui s'en prendraient au Berry contre des représailles du Ponant, déclarant que «les provinces amies du Berry, face à cette incursion illégitime, ont non seulement le droit mais même le devoir, de venir porter assistance au peuple [berrichon] dans la défense de ses instances et de lui permettre de trouver un régnant dans les conditions édictées par la Reyne, et nulle autre personne». Pendant ce temps, les responsables diplomatiques du Ponant et du Berry ratifiaient dans l'urgence le traité d'amitié prévu de longue date entre le duché et l'alliance.
Sur le terrain, le siège de Bourges commençait par un assaut dans la nuit du 28 au 29 juin, et plusieurs voyageurs furent occis en voulant entrer dans la capitale. Selon des informations venues du camp berrichon, le duc d'Aigurande Georgepoilu et la secrétaire d'état pour le Berry Astérie, combattant pour la défense de la capitale, auraient été gravement blessés. Le lendemain, les armées d'invasion quittèrent les faubourgs de Bourges pour aller annexer les mines berrichonnes. Selon Alleaume de Niraco, procureur et de facto porte-parole du gouvernement du Berry, cela en coûte plus de 7000 écus par semaine aux finances berrichonnes, qui doivent payer une partie du salaire des mineurs malgré que la Touraine bénéficie du produit des mines.
Deux jours plus tard, les armées tourangelles mettaient à nouveau le siège de Bourges, pendant que fusaient les déclarations les plus diverses. Ainsi, la Curia Regis, dans deux annonces datées respectivement du 29 et et du 30 juin, annonçait soutenir une guerre contre Georgepoilu, félon, mais prévenait qu'elle condamnerait avec fermeté toute atteinte à la population berrichonne. Dans la seconde déclaration, les grands officiers de la Couronne évoquaient brièvement le cas du vicomte Namaycush, capitaine d'une des armées d'invasion et porteur, depuis la croisade contre Genève, de l'étendard personnel de la reine Béatrice Ière : «Nous rappelons que le vicomte Namaycush est bien capitaine de la Reine mais qu'il n'est pas pour autant mandaté par elle dans les affaires berrichonnes. Ses actes n'engagent donc que les membres de son armée avec les conséquences que cela implique au regard des textes de lois applicables.» Le Limousin, lié au Berry par deux accords d'amitié – l'un signé en mai 1458 par Jakamer et Renlie, respectivement comte du Limousin et duc du Berry, le second signé il y a trois mois par le comte Arnaut de Malemort et le duc-régent Georgepoilu – a proposé ses services de médiation. À l'étranger, le Marquisat des Alpes Occidentales déclarait être choqué par l'intervention de la Touraine et soutenir le peuple berrichon.
En coulisses, le chancelier du Ponant rencontrait la Première Secrétaire d'État, Alandrisse. Cette dernière aurait notamment proposé au procureur berrichon, Alleaume, qui a repris dans les faits les rênes du gouvernement du Berry à un Georgepoilu convalescent, de monter sur le trône ducal en tant que régent reconnu par la Couronne.
Le 3 juillet, le duché du Bourbonnais-Auvergne est entré officiellement en guerre contre le duché du Berry, arguant non seulement de la non-reconnaissance royale et de la félonie de Georgepoilu, mais aussi de griefs plus anciens. Le duc du Bourbonnais-Auvergne évoque ainsi l'amitié entre le Berry et «des gredins tels l'infâme Nilas», et le bon accueil fait à ces derniers par le Berry. Le fait que le Bourbonnais ait déclaré la guerre au Berry, et non au seul félon Georgepoilu, a aussitôt été repris par le gouvernement, ce dernier arguant que, selon l'avis non contraignant de la Curia Regis, seule une guerre menée contre le régnant pourrait être légitime. Une armée auvergnate, les Bûcherons assoiffés commandée par Garcimore, entrait peu après en Berry.
Le 6 juillet, la duchesse de Bourgogne, Lenada, publiait une longue déclaration dans laquelle elle expliquait la position bourguignonne, favorable à la Touraine. Elle laissait entendre une participation armée du Grand Duché d'Occident à la guerre contre Georgepoilu. Dans le même temps paraissait une annonce de mobilisation générale en Bourgogne. Le Lyonnais-Dauphiné a quant à lui annoncé le soutenir l'intervention tourangelle.
C'est aussi mercredi 6 juillet qu'est arrivée une déclaration de la Couronne, une dizaine de jours après le début de l'offensive tourangelle, signée par la reine en personne. Si elle ne prend pas explicitement position sur le conflit en cours, elle appelle ses sujets «au dialogue, à la retenue et à la diplomatie», et déclare qu'elle ne veut pas «de guerre qui ne soit absolument nécessaire, ni ne [...] que d'autres la proclament en [son] nom, sauf à y avoir été explicitement autorisés par dérogation publique de pouvoir de notre part», précisant que seul le régent de France dispose d'une telle prérogative.
Assassinée le 8 juillet 1459, le reine laissait la gestion du royaume au Dauphin de France et régente Icie de Plantagenêt, nommée la veille, et au Grand Maître de France Dotch de Cassel. Le 9 juillet, ces dernières publiaient une déclaration commune dans laquelle elles demandaient une trêve, rappelant que seule une armée sous la bannière de France pourrait prétendre à rendre justice au nom de la reine. Elles enjoignaient aussi, une énième fois, Georgepoilu à abandonner le trône ducal, et demandaient à l'Alliance du Ponant de «ne pas céder aux provocations ni à la vengeance.»
Le papier avait par ailleurs la teneur d'un plan de sortie de crise. La régente et le Grand Maître de France proposaient qu'une armée de chaque camp porte la bannière royale et garantissent la paix en Berry, jusqu'à la tenue de nouvelles élections.
Le 12 juillet, la régente Icie précisait quelque peu sa position, précisant notamment que les attaques menées contre le duc illégitime Georgepoilu ne pouvaient en aucun cas être considérées comme visant le Berry dans son ensemble, et évoquant le fait que feue la reine n'aurait interdit à personne de destituer Georgepoilu. Elle ajoute que les guerres privées sont parfaitement légales, tant qu'elles ne s'en prennent pas au Domaine royal.
Ce dernier point sonne comme un écho aux paroles du duc du Bourbonnais-Auvergne, Tixlu. Il déclarait, le 10 juillet, que son duché menait la guerre au Berry pour mettre fin à ce qui représente, à ses yeux, une menace pour la sécurité de ses terres.
La guerre s'étend désormais sur le sol de la Touraine, à l'initiative de l'Alliance du Ponant. Dans la nuit du 11 au 12 juillet, trois armées ont attaqué la ville de Chinon, sans succès. Selon des sources internes au Ponant, d'autres troupes sont en marche contre la Touraine.
En Berry, les quatre armées de la coalition qui faisaient le siège de Bourges ont quitté le faubourg de la capitale. Elles étaient le 12 juillet sous les murs de Saint-Aignan, plus près de la Touraine.
Kartouche, pour l'AAP